Nant Blanc le 13 juin 2009

 

Joyeux anniversaire pour ce versant mythique de l’Aiguille Verte.

 

En partie visible depuis Chamonix, le Nant Blanc concentre sans doute ce qu’il y a de plus difficile en ski extrême. Pentes raides, traversées suspendues, changements d’orientation, sauts, … et pourtant il y a 20 ans quasiment jour pour jour (le 12 juin 1989) Jean Marc Boivin réalisait l’invraisemblable 1ère descente, qui ne sera répétée que 10 ans plus tard par Marco Siffredi en snowboard (le 17 juin 1999).

 Plus tard, une tentative qui échoue aux 2/3 de la face en 2008 par Pierre Tardivel accompagné d’Eric Guillot, Sylvain Meyet, Jérémy Janody et Stéphane Revet Servettaz.

 

Cette face à la fois sauvage et pourtant visible depuis Chamonix est convoitée par toute une génération de talentueux skieurs, elle est donc souvent jumelée mais rarement en conditions.

Notre  « mousson » locale a lieu chaque année fin mai début juin et nous apporte en quelques jours une neige collante et abondante sur ces pentes raides.

 Pierre est un observateur assidu et expérimenté. Le 10 juin il m’appelle sentant bien que les conditions des derniers jours ont rempli la face. Le lendemain, il monte sur Chamonix pour jumeler l’ensemble de l’itinéraire et me confirme que l’enneigement semble bon (pas exceptionnel, mais bon). La météo annonce encore un peu de vent le vendredi suivi d’une journée caniculaire le samedi. C’est idéal pour être certain de réaliser cette descente sur une neige transformée et surtout déjà stabilisée.

 Nous nous retrouvons le vendredi midi pour une longue montée de 2000 m au sommet du téléphérique des Grands Montets où nous choisissons de bivouaquer. Je propose à Pierre un timing relativement tardif  pour notre course du lendemain vue son exposition ouest :

levé 5h – départ 6h – rimaye 8h – sommet 13h - descente 14h (nous respecterons ces horaires à la minute !).


La descente sur le glacier du Nant Blanc nous offre enfin un panorama sur notre objectif et tout semble être comme ce que Pierre a vu depuis la vallée.

Notre surprise est de voir 2 skieurs alpinistes remonter le glacier du Nant Blanc depuis le rognon en direction de la rimaye. Pas de doute, ils ont le même objectif .

 Ils attaquent la face avec une 1/2h d’avance sur nous qui prenons le temps d’une pause à la rimaye et discutons des différentes options pour le franchissement des 2 passages rocheux inférieurs. Contrairement à nos deux compagnons du jour nous optons pour un passage plus à gauche de la face.

 Nous remontons la 1ère pente qui est entièrement rayée par une bande de glace de 4m de large. Nous avons le temps, alors nous taillons 2 rails dans cette glace, qui nous permettrons de ne pas déchausser à la descente !

 Apres 1/4h de travaux à coups de piolet nous reprenons notre ascension pour retrouver nos 2 acolytes au sommet du 1er névé juste avant la grande traversée. Cette dernière est en glace noire et n’inspire pas les 2 jeunes Chablaisiens.

 Lors de sa tentative en 2008, Pierre avait réussi à skier cette traversée. Il est déçu, cette année ce sera piolet-crampons sur une bonne glace vive.

J’ai du mal à me lancer dans cette traversée en solo, bien exposée juste au dessus des goulottes centrales. Après quelques mètres, j’arrive à me détendre et à suivre mon compagnon que rien n’arrête. Nous remontons le névé supérieur pour découvrir un petit couloir plus large que ce que  nous imaginions, donnant accès à la calotte sommitale. Une dernière traversée elle aussi en glace, puis c’est la remontée jusqu’au sommet de la verte.

 

« A la verte on devient Alpiniste ».

 

Cette célèbre phrase prend tout son sens et à chaque fois que je foule ce sommet je pense à la chance que j’ai de pouvoir vivre ces moments privilégiés.

Aujourd’hui soleil et pas de vent. Nous profitons d’1h pour manger et nous reposer avant d’entamer notre descente…

 

 Les premiers virages sur la calotte sont sympas : neige dure avec une bonne accroche.

Nous basculons rapidement sur le versant Nant Blanc et effectuons un premier déchaussage pour la traversée supérieure qui est en glace. L’accès au névé supérieur se fait par un petit couloir très raide et peu skiant, puis la pente reste raide mais la qualité de la neige nous permet de lâcher quelques belles courbes. Il faut à nouveau déchausser pour la traversée inférieure en glace où nous sommes très prudents, car c'est bien expo !

Nous pouvons à nouveau lâcher de beaux virages dans le névé inférieur avant d’atteindre ce passage de 4 m en rails, taillés dans la glace, préparés le matin. La traversée de cette bande de glace se fait donc en skis et à l’aide du piolet.

 Arrivés au niveau des barres rocheuses inférieures nous forçons le passage  avec quelques grattonnages de skis sur le rocher et avec un petit saut pour enfin tout lâcher dans la pente finale de la rimaye.

 

20 ans après JMB et 10 ans après MS nous venons de skier le Nant Blanc.

 Contrairement à nos 2 illustres prédécesseurs nous n’avons pas eu besoin de  rappel pour effectuer cette descente.

 

Il est 15h30, il nous faut remonter aux Grands Montets et descendre paisiblement  jusqu'à Argentière, tout en profitant du beau coucher de soleil qui se profile…

 

 

Stéphane BROSSE